TOURISME SEXUEL DES MINEURS À MADAGASCAR

(2004)

     D’un côté de la médaille, Madagascar est une île paradisiaque avec ses plages de sable fin, ses paysages volcaniques et ses eaux bleues transparentes qui ravit chaque année 400.000 touristes dont une majorité de Français, avides de repos, de soleil garanti et de nature sauvage.  Mais aussi, autre revers de la médaille, des prédateurs, de plus en plus de prédateurs...

Ces quinze dernières années, Madagascar, pays rongé par la misère et classé avant-dernier pays le plus pauvre au monde par la Banque mondiale, est devenu un haut-lieu du tourisme sexuel. L'île rouge est un paradis pour certains hommes échoués…

 

     Dès l’aéroport d’Antananarivo, des affiches vous mettent dans l’ambiance et vous préviennent : « NON au tourisme sexuel», «les enfants ne sont pas des souvenirs touristiques ». Pourtant, la prostitution y revêt plusieurs visages.

Les jeunes « proies » malgaches ont entre quinze et vingt-cinq ans. Eux, sont Européens, Français pour la plupart et représentent 70 % des touristes sexuels. Ils ont entre cinquante et soixante-quinze ans et pour moins de 20 € la nuit, ils profitent de la misère et de l’espoir de ces très jeunes filles qui rêvent de trouver un « Vazaha », un homme blanc et riche qui les emmènera à l’étranger, gage d’une vie meilleure. Rêve avoué de beaucoup de jeunes filles dans le pays…. 

C’est avec cet espoir fou qu’elles regardent ces hommes. Ils en abusent…

 

     Dans les rues de Tulear, ville touristique du sud-ouest de Madagascar, à Nosy Be, à Diégo Suarez au Nord, ou encore dans les bars et boîtes de nuit d’Antananarivo, le spectacle est le même. Il est affligeant. Au bar de cet hôtel huppé ou à la terrasse de ce petit restaurant typique, des jeunes filles attendent des hommes peu scrupuleux qui viennent choisir celle qui acceptera de passer une heure, quelques jours ou quelques nuits avec eux. Dans un pays où le salaire moyen est de 60 € par mois, gagner

20 € par nuit est une aubaine. 

 

     On les repère facilement, ces prédateurs, en se promenant la nuit tombée dans les rues. Débarqués la veille ou il y a des années, ils s'arrangent avec des rabatteurs pour leur trouver une fille du village. Ils sont là, ils chassent, sourire aux lèvres, seul ou encouragés d’être à plusieurs entre collègues ou amis, épaules rougies par le soleil d’avoir passé l’après-midi sur la plage en bonne compagnie… Les insulaires sont disposés à ce sacrifice, seule alternative sur une île qui devient, au fil des années, un piège qu'on ne peut quitter par manque de moyens. Parfois, elles tombent enceintes…

 

     Eux, évoquent les formes de leurs compagnes d’un soir, à leurs amis, devant elles et s'en vantent. Aucune pudeur, aucun complexe, ils ne se rendent pas compte de ce qu'ils disent et de ce qu'ils font. Elles n'ont pas de statut, elles sont juste là pour les distraire et leur faire oublier qu'ils sont seuls. Loin de leur femme, de leurs enfants, de la loi.

 

     Pour que Madagascar ne rime plus avec tourisme sexuel, Police et Justice malgaches ont décidé d’agir. Ils sortent parfois pour faire des contrôles d’identité. Souvent pour la forme car ils contrôlent les papiers de ces  jeunes filles mineures qui achètent … à la police des fausses cartes d’identité qui les attestent comme majeures. Tous ne sont pas des « ripoux ».

A Tana, la responsable de la PMPM, la Police des Mœurs et de la Protection des Mineurs fait des descentes musclées avec son équipe sur le terrain. Les affaires sont suivies et les criminels punis. Ailleurs, c’est un manque de moyens criants d’équipes ou de pouvoir payer l’essence des véhicules de police qui fait défaut, alors quand les chats ne sont pas là… Des procureurs, des juges se plaignent que la police ne fasse pas remonter les cas, alors que la police se dit découragée car la justice étouffe les affaires dues à la corruption…

 

     L’office régional de tourisme de Noisy Be mène une campagne pour un tourisme éthique et va d’hôtel en hôtel pour sensibiliser les hôteliers tout en distribuant la charte et l’affiche pour un tourisme respectueux. Des associations se mobilisent au quotidien auprès des villageois ou des élèves des écoles. Les Fonkontany, brigades spéciales de sensibilisation et plus petites cellules de veille de villageois se mobilisent et sensibilisent les mères sur le problème. Des réseaux communautaires de protection des Droits de l’Enfant sont mis en place pour protéger les enfants des cas de trafics et d’exploitation. Mais la vérité est que les enfants, essentiellement originaires des régions rurales, sont victimes d’un trafic à des fins de servitude domestique, de travail forcé et de travail sexuel qui prend sa source sur le terrain. 

 

     Le changement viendra surtout par l’amélioration des conditions de vie des malgaches et la lutte contre la pauvreté.

Pour enrayer la prostitution, il faudrait que les filles puissent trouver un travail. Le tourisme sexuel se nourrit de la rencontre entre la misère et la beauté du monde. Le défi va être de concilier enjeux économiques et moraux.

En attendant, ces jeunes femmes continuent d’être utilisées comme des travailleuses du sexe, sous couvert d’un cadre de rêve.

Mais le rêve pour ces jeunes filles est bien loin…                                                                                                                                                                                      

                                                                                                                                                                             Lizzie SADIN

                                                                                                                                                                    NB : La plupart des photos ont été prises à la dérobée. 

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