MEURS ET ENVOIE-NOUS TON FRÈRE ! 

« Meurs, et envoie-nous ton frère ! » …

dit-on, en les éliminant, à ces petites filles qui n’ont pas le droit d’exister.

( Inde 2005 )

 

     L’Inde  est une nation, dont la population, depuis le début du vingtième siècle, se caractérise par un fort déséquilibre homme femme. Le dernier recensement en 2001 avait créé un véritable choc. Il y a aujourd’hui soixante millions de femmes manquantes qu’on appelle pudiquement les « Missing Women ». Manquantes, parce que non-nées ou éliminées dès leur naissance.

 

     Depuis toujours, dans beaucoup de familles, naître fille en Inde est une malédiction. Aujourd’hui, la préférence ancestrale pour les garçons est facilitée et amplifiée par les moyens modernes que sont les échographies. La modernité est venue renforcer des pratiques traditionnelles néfastes. Dans le contexte actuel de régulation de la fécondité, la majorité des Indiens souhaitent avoir au moins un fils et au maximum une fille. Le « fardeau financier » que représente  la naissance d’une fille dans une famille (dot, frais de mariage…) est encore plus lourd dans cette Inde de plus en plus consumériste et moderne où « avoir un garçon, c’est recevoir  et avoir une fille, c’est arroser le champ du voisin » comme dit le dicton populaire. Alors, on élimine ces bébés-filles par des avortements sélectifs, des infanticides ou par négligence après leur naissance.

 

     Depuis les années quatre-vingt, le sex-ratio homme femme est très déséquilibré dans des régions telles que l’Haryana, le Punjab, et le Tamil Nadu où il peut atteindre 927 filles pour 1000 garçons. Le manque de femmes est tel, que les hommes ont d’énormes difficultés à trouver des épouses. Alors, ils cherchent à en acheter à tout prix et un trafic de femmes s’organise.

Des femmes sont achetées et « importées » pour quelques centaines d’euros et des petites filles sont vendues pour 4 kg de riz... Elles viennent des Etats pauvres de l’Inde, du Bangladesh et du Népal. Des réseaux mafieux se mettent en place. Des mères commandent des femmes pour leurs fils à des chauffeurs routiers qui font office de passeurs.

Mais beaucoup d’hommes ne trouveront  pas d’épouse.

On les appelle « les branches mortes », celles qui ne donneront pas de fruits…

 

     Des bébés filles sont abandonnées dans des centres de « réception » créés depuis peu par le gouvernement comme au Tamil Nadu ou données à l’adoption et quelquefois des bébés garçons sont volés dans les maternités, car, rentrer  chez soi avec une fille est impensable, dangereux et honteux pour une femme.

 

     La polyandrie forcée, autre conséquence et non des moindres, commence à se pratiquer. Des hommes vendent leur propre femme pour de l’argent… Et dans les familles qui n’ont pas les moyens d’acheter une épouse pour chaque fils, plusieurs frères se partagent une même femme… 

 

     Cette baisse du nombre des filles laisse présager dans les années à venir des bouleversements démographiques et sociaux qui ne peuvent que s’aggraver. Face à  ce risque, les Etats et la Nation, ainsi que des ONG se mobilisent. 

     Des sangams, comités locaux de vigilance dans les villages se créent pour surveiller les femmes enceintes, les empêcher de mettre fin à leur grossesse ou d’éliminer leurs petites filles à la naissance et ce, jusqu’au six mois de l’enfant, sous peine d’être dénoncées aux autorités. 

 

     Des aides pour l’éducation des filles et des micro-crédits sont mis en place. Ce réseau de surveillance, associé à la mobilisation des ONG ou des autorités locales a déjà permis de sauver des centaines de petites filles.

Mais beaucoup reste à faire…

 

     Ce problème m’a énormément  touchée et révoltée.  C’est pourquoi j’ai voulu témoigner, en parler afin que

                                                                             « Naître fille en Inde»  ne soit plus une malédiction…  

                                                                               

                                                                                                                                                                      Lizzie SADIN     

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