MINEURS EN PEINES

Une enfance en détention, un reportage sur 4 continents, 12 pays, 69 prisons, 8 ans. (1999-2007)

Prix Visa d'Or 2007

  

       Plus d'un million d'enfants dans le monde vivent en détention sans pouvoir bénéficier de l’aide d'un avocat, le plus souvent dans des pays où n'existent ni tribunaux pour enfants, ni juges spécialisés, au mépris des traités internationaux.

     La CIDE, Convention des Nations Unies relative aux Droits de l' Enfant, signée en 1989, stipule que nul enfant ne sera privé de liberté, que la détention ne doit être qu'une mesure de dernier ressort et être d'une durée aussi brève que possible. 

 

     La façon dont un Etat traite ses prisonniers est un assez bon indicateur de la qualité de sa démocratie et une société se juge aussi sur la manière dont elle traite ses enfants. Pourtant, dans nombre de pays, des camps de rééducation, des prisons, des centres fermés, des maisons d'arrêt, des colonies pénitentiaires, des bagnes pour enfants maintiennent les jeunes détenus dans des conditions arbitraires, humiliantes, répressives et inhumaines. 

   Trop souvent, ils ne sont pas séparés des adultes, confrontés à la violence, mauvais traitements, châtiments corporels,  abus sexuels,  prostitution forcée,  racket et caïdat. L'accès à l'éducation leur est refusé. La surpopulation, promiscuité, mal-nutrition, manque d'hygiène, absence de soins médicaux sont la règle. 

 

    La grande majorité de ces mineurs envoyés en prison ne sont pas en conflit avec la Loi par choix mais à cause de la misère dont ils sont victimes. La prison aggrave leur situation et il serait plus judicieux de leur proposer des mesures alternatives à l’emprisonnement.

                                                Peut-on envisager d’éduquer en ne proposant que l’enfermement ? 

   J'ai voulu témoigner avec mon regard de photographe de l'état de la justice juvénile dans 12 pays aux caractéristiques géopolitiques différentes sur les 4 continents : pays en paix et en guerre, Etats de droit et régimes autoritaires. D’un continent à l’autre, on ne peut qu’être frappé par la ressemblance de certaines scènes… 

    J'ai rencontré - et c'est peu dire - les plus grandes difficultés pour obtenir les autorisations nécessaires tout au long des huit années qu'a duré ce travail de 1999 à 2007. Il m'a fallu par exemple un an et demi de démarches pour disposer au final seulement 1h30 dans chacune des trois prisons visitées en Russie. Aux Etats-Unis les mêmes démarches m'ont pris trois ans… J'ai sollicité au total une soixantaine de pays. Les 12 pays auxquels j'ai pu accéder m'ont ouvert les portes de soixante-neuf prisons. Ce sont aussi des milliers de jeunes rencontrés derrière les barreaux.

    Des échanges avec certains resteront dans ma mémoire. J'ai été émue, touchée par Sergueï, Sacha, Dimitri, Pablo, Armando, Pascal, Alain, Matpala, Rivitchet, Khaled, Ali, Ron, David, Swasan, Evariste, Philibert, Sabrynn, Mike et tant d'autres.

 

   J'ai été portée par l'idée d'amener nos regards à l'intérieur de ces lieux de détention et de porter leurs regards à l'extérieur. J'ai voulu redonner à ces jeunes la dignité qui est la leur, briser le silence dans lequel ils se trouvent et surtout rompre leur isolement.

 

             Un reportage pour les sortir de l'ombre …

                                                                                                                                                                        Lizzie SADIN

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