BUDA...PESTE BRUNE

(2012)

      Viktor Orbán souhaite accorder un passeport à tous les Hongrois de souche vivant dans les pays voisins. La Slovaquie, principale concernée, réagit vivement. Une escalade nationaliste qui pourrait déstabiliser l’UE dans son ensemble. L’enjeu est de redessiner les frontières étatiques actuelles pour restaurer la sphère d’influence de Budapest qui, selon les plans de Orbán, devrait couvrir pas moins de 15 millions de Hongrois. Soit 50% de plus que le nombre d’habitants de la Hongrie actuelle, un retour à ce qu’était la population de la Grande Hongrie, espace géographique qui engloberait, autour de la Hongrie, la Slovaquie, la Voïvodine -une province de Serbie, ainsi qu’une partie de la Transylvanie, un espace qui, non pas de droit, mais de facto, serait conjointement géré par la Hongrie et par les trois pays auxquels appartiennent ces territoires, la Slovaquie, la Serbie et la Roumanie.

      La Hongrie espère ainsi cultiver les relations avec sa diaspora, que le Traité du Trianon, datant du 4 juin 1920, a placée hors des frontières magyares. Un retour à la Grande Hongrie, et une réparation en somme du Diktat imposé et qui reste dans la mémoire de tous ses citoyens. Ce diktat imposait à la Hongrie vaincue des mutilations humiliantes, perte des 2/3 de son territoire et de près des 2/3 de sa population (de 20 à 7,6 millions). Une pilule particulièrement amère que les Hongrois n’ont jamais avalée, terreau d’un nationalisme virulent.

     Tout est là et tout est encore très vivace dans les esprits de façon de plus en plus inquiétante. Le chauffeur de taxi nationaliste, les entrées de bâtiments ou de restaurants privés, les boutiques vendant des objets nationalistes, les gens de la rue... et les groupes rock comme Karpatia ne font qu’attiser cette fibre nationaliste chez les jeunes lors de leurs concerts sulfureux où les auditeurs hurlent « Sieg Heil » !. Et le Jobbik surfe et entretient la vague...

     La politique nationaliste menée par le Fidesz chippe au Jobbik une partie de ses idées et de ses sympathisants. Pour rebondir, l’extrême droite a donc décidé de passer à l’offensive, en remettant au premier plan son thème fétiche : les Roms. Le Jobbik a créé une milice rurale - la Garde hongroise - Elle déclare vouloir défendre la Hongrie sur le plan physique, moral et intellectuel . Elle est à l’origine de nombreux méfaits à l’encontre de la population Rom comme récemment dans ce petit village hongrois de Gyöngyöspata. Pendant trois mois, de mars à mai 2011, en pleine présidence hongroise de l’UE, Gyöngyöspata a été occupé par les milices fascistes. Apeurés, de nombreux Roms vivant dans les environs fuient. La Croix Rouge juge alors le phénomène suffisamment inquiétant pour affréter des cars et mettre à l’abri 277 femmes et enfants. Officiellement, pour ces milices, il s’agissait de former des militants capables de « faire régner l’ordre public » face aux Roms du village accusés de délinquance. Ces groupuscules nationalistes se cachent sous le nom « d’association de patrouilles civiles ». Un masque juridique nécessaire depuis la dissolution en juillet 2009 de la garde hongroise. Le Jobbik ayant gagné les élections municipales à Gyöngyöspata, a pris comme 1ère mesure : le travail forcé pour les Roms.

     A Gyöngyöspata, village de 2800 âmes à 80 km de Budapest, les 450 Roms vivent littéralement  sous un régime de  terreur.

La ville est administrée par le Jobbik. Dans l'esprit du nouveau Maire Oszkar Juhasz, les chômeurs sont les Roms.

Sa premiere mesure a été de mettre les chômeurs au travail obligatoire. S ’ils refusent, ils se verront supprimer les allocations sociales pendant 3 ans. Le salaire est de 200 €, moins que le smic hongrois (350 €). Selon le maire, pour qui ce village est le laboratoire des idées du Jobbik, il y a deux types d’êtres humains : « ceux qui construisent et ceux qui détruisent, les Roms » ...

    A 7h du matin, dans le froid, un contremaître de la mairie fait l’appel et ordonne le départ vers le travail obligatoire. La mairie apporte des outils volontairement inadaptés, des haches, des scies qui ne coupent pas, des marteaux inutiles. « Des inconnus viennent nous filmer de loin, afin de prouver que nous ne travaillons pas, que nous sommes des fainéants et on nous demande de nettoyer des broussailles sur le terrain pentu en face de nos maisons. Et vous savez pourquoi ? Pour faciliter les rondes d’intimidation et l’accès aux miliciens fascistes... Ils nous interdisent aussi de ramasser le petit bois pour nous chauffer. Ils nous ont ordonné de le brûler sur place ».

     L’argent du travail obligatoire est en partie donné par l’Etat pour 80% et la mairie nous met des amendes pour récupèrer ainsi l’argent... » L’eau a été coupée. « Et sans eau », menace le nouveau maire fasciste, « les conditions d’hygiène n’étant pas respectées, on vous retirera les enfants !» Autre intimidation, la maison du représentant des Roms du village est sous le contrôle permanent d’une caméra de la mairie qui le filme jour et nuit... Big Brother is watching you...

     Olaszliszka, autre village, autre histoire. Ce 15 octobre 2011, malgré son interdiction à exister et donc à manifester, la Guarda, avec d’autres milices fascistes prend possession des lieux de ce petit village d’Olaszliszka et intimide ses habitants roms à peine protégés par la police stationnée devant leurs maisons. Ils commémorent la date anniversaire de la mort d’un professeur tué en 2006 par des Roms car il avait renversé avec sa voiture une petite fille rom, que tous avaient crue morte. Elle n'était en fait que blessée.

Pourtant depuis la mort de ce hongrois « de souche », 7 Roms ont été tués et 10 autres blessés....

Ce jour-là, les banderoles, les uniformes fascistes, les discours se succèdent.

Un sosie d’Hitler est même là, effrayant ! A la fin de la cérémonie, la police fait semblant de demander les papiers d’identité, pour la forme. Ils repartiront, tous sans exception, sans être inquiétés.

     A Tiszavasvari, le 1er adjoint Csaszar Jozsef explique fièrement les nouvelles mesures prises dans cet autre haut lieu de l’extrême droite fasciste hongroise qui se veut également un laboratoire du Jobbik. Par exemple, la création d’une « gendarmerie» qui fait office de milice dans cette petite ville de 14 000 habitants. Pire, les Roms sont parqués dans la rue Szelek à l’extérieur de la ville et les enfants Roms, relégués au 1er étage de l’école n’ont pas le droit aux toilettes ni de manger à la cantine à la même table que les «hongrois ».

     Les Betyarsereg : la renaissance de l’armée des brigands. Les Betyárs, traduire par «bandits » avaient mené la vie dure à l’occupant autrichien durant les 18ème et 19ème siècles. Vivant dans la forêt, ils menaient des attaques contre les diligences autrichiennes à travers le pays, ou organisaient des actions de sabotage. Le plus célèbre des Betyárs, Sándor Rózsa (1813-1878), eut une longue vie de brigand, il participa à la guerre de 1848 et mourut dans les geôles autrichiennes. L’esprit des Betyars est en pleine renaissance. Désormais, c’est de façon officielle qu’une nouvelle Betyársereg a été lancée, sous le patronage de László Toroczkai György Budaházy et Zsolt Tyirityán. Sur leur site web, on peut les voir, armés de fouets dans la forêt à simuler une chasse aux Roms...

     Le groupe fasciste Karpatia qui rameute des milliers de nazillons a été invité par le maire de Gyöngyöspata pour un concert d’intimidation. 3000 nazillons rôdant autour des maisons des Roms... Beaucoup de ces Roms ont fui vers le Canada ces dernières semaines avant qu’il ne soit trop tard. Mais rare sont ceux qui en ont les moyens...

                                                                                                                                                                                              Lizzie SADIN

1/41