TERRE PROMISE, FEMMES PROMISES ...

Trafic  des femmes en Israël

(2011)

     La venue de migrants russes dans les années 80 a favorisé l’implantation de réseaux mafieux. Ils ont développé une traite des êtres humains. Chaque année, 3000 à 5000 femmes et adolescentes étaient « importées » pour travailler principalement dans l'industrie du sexe. Mais la nature de la traite revêtait plusieurs formes : 

  1- Traite à des fins sexuelles et prostitution au niveau externe puis désormais, interne

  2 -Traite dans le travail 

  3 -Trafic des êtres humains dans le désert

 

       1- La première, à des fins sexuelles et de prostitution est traditionnelle et communément appelée traite des blanches.

      Elle concernait des femmes venues de Russie, mais aussi de Turquie, d’Asie, d’Afrique et étaient amenées illégalement par des réseaux criminels pour travailler dans des maisons de prostitution. Ces femmes étaient acheminées légalement, d’autres passaient du sud en contrebande par des Bédouins, qui mettaient à profit leur « savoir circuler » dans ce terrain désertique. Elles échouaient dans des bordels sur les bords de la Mer Morte ou réparties dans différentes villes israéliennes ou dans les Territoires Occupés…

     Elle prit des formes plus cachées, plus secrètes devant la recrudescence des efforts de la Police et du Gouvernement israélien. C’est moins visible dans les rues, trottoirs et bordels. Forme plus sournoise et souterraine. Elle se passe surtout dans des appartements privés, loin des regards indiscrets et cachée à l’arrière de bars, hôtels, appartements, strip-clubs, sex-shops et les façades de "salons de massage"…

    À Tel-Aviv, des centaines de bars, de maisons closes et de boîtes de nuit sont surveillés par des vigiles au physique imposant qui gardent la porte qui ne s’ouvre que pour laisser passer le client… Des cartes avec des numéros de téléphone sont jetées au sol car c'est ainsi que les filles sont appelées, les taxis servant alors de rabatteurs. Certaines pointent très furtivement leur tête à l’extérieur quelques minutes et se cachent…

Autre lieu, la nuit près de la plage de Tel-Aviv un ballet de voitures vient déposer discrètement des jeunes filles et des hommes tournoient et font leur choix…

 

     Pendant des années, l’absence de loi permit à ce trafic très profitable de se développer sans contrôle. Puis sous les critiques répétées des USA, les autorités avaient commencé à agir et fournirent d’importants efforts pour freiner la traite des femmes, notamment avec des Unités de Police spécialisées russes comme celles de Tel-Aviv qui a réussi à démanteler des réseaux de trafic mafieux en remontant à la source dans les pays d’origine et à libérer il y a quelques années des femmes enfermées dans des … murs. 

 

     Puis avec la Loi de 2004, les femmes furent enfin considérées comme des victimes plutôt que comme des complices.

Des centres d’hébergements furent créés par le gouvernement et protégés par l’armée comme le Maagan, un refuge pour femmes victimes de trafic dans le centre du pays. Elles sont mises à l’abri, soignées et bénéficient d’une réinsertion et se voient octroyer un visa d’un an si elles dénoncent leur trafiquant. 

 

     Puis,  la traite s’est élargie au niveau interne dans le pays, en amenant des Israéliennes pauvres du Nord vers le Sud de l’Etat d’Israël. Trompées par leurs proches ou amis, attirées par des fausses promesses de travail… 

 

       2 –La traite dans le travail 

     Des femmes et hommes venus principalement des Philippines, d’Inde et de Chine sont employés dans des conditions proches de l'esclavage. Les hommes travaillent dans le secteur agricole et la construction, les femmes sont « Care-givers » auprès de personnes âgées et gouvernantes, corvéables à merci. Ces femmes sont amenées par des mafieux. 

S’en suivent séquestration de documents d’identité, absence de salaire, conditions de travail terribles, disponibles 24h/24, payés pour seulement 8h, sans congé, "dettes" envers le trafiquant et  sont laissés dans des conditions inhumaines, dormant par terre, sans nourriture. Beaucoup de cas de breakdown et de suicides…

Certains réussissent à surmonter la peur et viennent déposer plainte auprès de l’ONG Kav Loved.  

 

     3 : Trafic  des êtres humains  dans le désert.

     Il n’y en a  que 70 % qui arrivent à destination…

Selon les témoignages que j’ai recueillis, beaucoup partent du Soudan. Elles sont d’abord rassemblées sur une place dite secrète (Kassala) à Khartoum, les passeurs attendent d’avoir environ 40 personnes. Pendant ce temps, on ne leur donne aucune nourriture, ce n’est que sur la route qu’ils ont un seul repas par jour composé de riz. Ils souffrent de faim et de manque d’eau, une capsule de bouteille par jour uniquement… pour mouiller les lèvres. 

   Elles payent une première fois 3000 à 4000 $ pour passer du Nord Soudan au Sud d’Israël. Elles sont revendues à d’autres passeurs bédouins qui téléphonent à leur famille au pays. Pendant l’appel, ils les torturent, les brûlent pour terroriser la famille car elles hurlent et demandent que soit versé sur un compte bancaire 6000 $. Pendant l’attente de l’argent qui peut durer plusieurs mois, elles sont enchaînées, torturées, battues, violées plusieurs fois. 

Beaucoup se retrouveront enceintes…

 

     Mais, hormis la faim, la soif, la chaleur et le confinement dans l’attente du passage, c’est le harcèlement des Bédouins qui marque les migrants. Beaucoup racontent qu’ils devaient remettre aux passeurs tous leurs documents sous la menace du fusil et des femmes parlent encore difficilement de viols et autres abus sexuels commis par ces mêmes passeurs. 

     Dès que les lumières du côté israélien sont visibles, les Bédouins abandonnent leurs « clients » à leur sort en leur indiquant la direction à prendre après avoir franchi les grillages de barbelés. 

 

     Avec l’accroissement du nombre de migrants qui se dirigent vers Israël depuis l’été 2007, les autorités égyptiennes ne cessent de répéter qu’elles mènent des efforts « pour lutter contre l’infiltration ». Ces efforts se manifestent effectivement par un contrôle et une surveillance accrus de la zone frontalière, mais se traduisent également par une augmentation du nombre de victimes. Car, les soldats égyptiens utilisent la force et les armes.

Beaucoup sont blessés par balle, voire pire, abattus. 

 

     Du côté israélien, un durcissement de la répression et du contrôle de ces passages aux frontières s’opère.

L’Unité Bédouine de Tsahal traque les passeurs dans le désert. Israël construit un mur électrifié en plein désert du Néguev afin de repousser ces pauvres erres vouées à une mort certaine s’ils n’échappent pas à leurs bourreaux.

 

     Enfin, des manifestations de réfugiés se mobilisent dans les rues de Tel Aviv contre cet état des choses proclamant « nous n’avons pas choisi d’être des réfugiés » Et le gouvernement, en la personne de Netanyahou et Perez décerne des récompenses aux ONG qui oeuvrent contre ce trafic et cette traite.

                                                                                                                                                                                               Lizzie SADIN                                         

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