À DROITE TOUTE !

Plongée en France au coeur d’un populisme et d’une certaine extrême droite.
De la xénophobie à l’islamophobie en passant par la défense de l’identité française ou religieuse.

(2012)

     Ces trois mots sont les moteurs du succès d’une droite populiste en Europe.
Une nouvelle droite décomplexée, rompant avec les symboles, les rites et le langage de l’extrême droite traditionnelle sort de l’ombre. Elle propose des programmes mêlant culte de la personnalité, recettes économiques libérales, valeurs familiales ou chrétiennes, défense des libertés et des minorités, rejet de la construction européenne... Le tout mâtiné d’une islamophobie quasi pathologique.

      Ils veulent lutter contre « l’invasion » des immigrés et préserver les Blancs du métissage qui menace leur identité.

Ils ne diront pas « race blanche », mais « civilisation européenne ». Prudents dans le choix des mots qu’ils emploient, mesurés dans leurs actes, impeccables dans leur apparence, mais ultras dans leurs idées. Tels sont les militants d’extrêmes droite du mouvement ultra-radical : le Bloc Identitaire. Faible dans les urnes, le groupe est néanmoins bien présent médiatiquement.

     L’Europe que ces mouvements vantent est celle d’une civilisation, d’une histoire commune. Ils privilégient la construction d’une Europe fédérale, basée sur les Nations existantes et ses provinces chargées d’histoire, en opposition à l’Europe des technocrates. Généralement classé à l’extrême droite de l’échiquier politique, le Bloc Identitaire promeut le fédéralisme européen et une certaine forme de régionalisme. Il est principalement préoccupé par la croissance de l’Islam en Europe et le caractère « désagrégateur » du multi-culturalisme. En tant qu’identitaires, ils souhaitent concilier et assumer pleinement leur triple identité : Régionale (identité charnelle), Française (identité historique) et Européenne (identité civilisationnelle).

Pour preuve leurs actions anti-musulmanes comme les campagnes contre la construction de mosquées ou les prières dans les rues, des  assises contre l’islamisation de l’Europe, apéros saucisson-vin rouge ou «soupes au cochon» : des potages servis aux SDF par les Identitaires de France dans le but d’exclure ceux qui ne consomment pas de porc...

     Non loin sur l'échiquier politique, Serge Ayoub, ancien skinhead, leader de Troisième Voie qu’il crée en 2010, réseau syndical  «Troisième Voie, pour une avant-garde solidariste » est un mouvement nationaliste révolutionnaire français. Leurs manifestations regroupent souvent des organisations de plusieurs tendances y compris des nazis italiens hurlant, le bras levé, Zieg Heil...
 

     Suite à la mort de Clément Méric, militant d’extrême gauche, en 5 juin 2013, causée par une rixe entre deux nationalistes de Troisième Voie et un groupe de gauche radicale, le conseil des ministres dissolvait Troisième Voie dont étaient issus des skinheads et des JNR  (Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires)  dirigées par Serge Ayoub.

    LES CATHOLIQUES INTEGRISTES : 
Décembre 2012, pas une représentation de Golgota Picnic à Paris n’a pu se faire sans une mobilisation des chrétiens intégristes devant les portes du Théâtre du Rond Point. Ces catholiques veulent «laver le blasphème » engendré par la pièce «Golgota Picnic» de Rodrigo Garcia. Sont présents en majorité des chrétiens intégristes jeunes et moins jeunes, des familles, des abbés en soutane et même un groupe de Polonais vêtus de capes rouges, frottant théâtralement un crucifix sur l’affiche du spectacle. Ils sont là, agenouillés, chapelet à la main, éclairés par des cierges, pour une « veillée de prière en réparation », à cent mètres du théâtre « blasphématoire » où se joue la pièce dans laquelle, selon eux, un Christ en croix est souillé.

     Sous le drapeau tricolore marqué du Sacré-Coeur, emblème d’une France fille aînée de l’Eglise, ils ont répondu à l’appel de Civitas, un mouvement politique de catholiques intégristes venus dénoncer cette pièce « christianophobe ».

Civitas est une œuvre de reconquête politique et sociale visant à rechristianiser la France, c’est « un lobby catholique qui vise à influencer la société en l’inspirant de la doctrine de l’Eglise » selon Alain Escada, son secrétaire général.

Lié aux ultras de la Fraternité Saint-Pie X dont les prêtres en soutane célèbrent les veillées, Alain Escada se défend d’être Lefebvriste et d’entretenir tout lien organique avec la Fraternité. « Déçu par le système particratique » auquel il a participé pendant vingt- cinq ans comme porte-parole d’un courant du FN belge, il fustige ceux qui, « dans les arts, ont une hostilité ouverte au Christ », crucifiant pêle-mêle « Fédéric Mitterrand, les artistes contemporains et les directeurs de théâtre ». Il entend délivrer un message aux chrétiens: « N'ayez plus honte, nous ne sommes pas les derniers des Mohicans » et promet

« après un printemps arabe, un automne catholique ».

Le point d’orgue de la mobilisation avait conduit ces ultra pratiquants sur les places de théâtres des quatre coins de France pour une longue marche contre la christianophobie. Tous présents pour défendre l’honneur du Christ !

     Grâce à une communication agressive, son association brasse dans ses cortèges une galaxie politico-religieuse qui va des déçus du FN aux groupuscules nationalistes radicaux tels que le Renouveau français ou le Bloc identitaire.

 

                                                                                                                                                                                                     Lizzie SADIN

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