MÈRES ADOLESCENTES

 Encore enfant pour ses propres parents et déjà parent pour son propre enfant...

France 1995

     

     La maternité à l'adolescence est un phénomène qui a toujours existé, surtout dans le passé.

Aujourd'hui, ce phénomène est devenu plus marginal. Cependant, il y a 6200 naissances par an soit près de 1 % de l'ensemble des naissances pour ces jeunes femmes ayant entre 13 et 18 ans. Notre société productiviste regarde encore ces parents adolescents ou ces jeunes femmes adolescentes comme des erreurs de fonctionnement de son propre système.

 

     Pourtant ce phénomène joue, à mon sens, le rôle de miroir pour notre société. Il révèle la place qu'elle assigne à chaque groupe d' âge ou à chaque classe sociale. Parce que ce phénomène révèle également les ambiguïtés de nos désirs et de nos actions, ces femmes nous troublent par ce qu'elles sont, c'est-à-dire ces autres nous-mêmes.

Les grossesses adolescentes sont un phénomène ancien que l'on aurait pu croire disparu des sociétés développées comme les nôtres. Elles représentent cependant des aspects récents originaux. Elles sont consciemment ou inconsciemment désirées et il serait simpliste de les considérer  seulement comme relevant toujours d'un accident ou d'un manque d'information.

 

     Ces adolescents, parents prématurés, se retrouvent à la charnière entre l'enfant et l'adulte. Ils sont à l'origine de beaucoup de paradoxes et renferment toute la problématique de l'adolescence : d'un côté, ces jeunes sont aptes psychologiquement et biologiquement à procréer et de l'autre la société leur refuse les moyens économiques, sociaux ou juridiques d'être autonomes. Pour ces jeunes aujourd'hui, il existe peu de réelles sources de valorisation. De plus, ils vivent  toute une série d'échecs : affectifs, familiaux, scolaires, professionnels, etc. La solution, comme disent certains est d'avoir un enfant. Il permet à la jeune fille d'acquérir un statut social. Elle sera au moins mère…

 

     Porter un enfant, le mettre au monde, l'élever ou le porter à l'adoption, c'est toujours l'aimer.

J'ai voulu explorer leur vie en y révélant le beau et le noble et peut-être aussi, ne soyons pas idéalistes et naïfs, les aspects moins roses et pourtant non moins réels.

 

     J'ai voulu visiter leur existence, être une compagne d'un moment, partager leur quotidien, leurs habitudes avec les peines, les chagrins et les joies, dans leur famille, dans des foyers d'accueil ou dans la toute "nouvelle" famille qu'elles ont désormais  créée avec leur ami, concubin ou mari. 

 

     Encore enfant pour ses propres parents et déjà parent pour son propre enfant.

     Cet enfant les projette dans l'âge adulte alors que l'enfance est si proche. 

     Paradoxe, fiction ou réalité ?                    

                                                                                                                                                                            Lizzie SADIN

                                      

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